Wok et nouilles sautées

Nouilles sautées aux crevettes, le wok très chaud et la sauce qui nappe

8 min de lecture
Nouilles sautées aux crevettes, le wok très chaud et la sauce qui nappe
Sommaire

Les nouilles sautées aux crevettes sont le test de vérité du wok domestique. Le plat compte peu d’ingrédients, cuit en moins de dix minutes et ne laisse aucune place au flou : soit les nouilles sont détachées, brillantes et enrobées d’une sauce qui nappe sans couler, soit elles forment un amas mou baignant dans un fond de liquide brunâtre, avec des crevettes caoutchouteuses. Entre les deux, il n’y a ni ingrédient magique ni tour de main réservé aux cuisiniers professionnels. Il y a une poignée de règles simples : le bon type de nouilles, des crevettes saisies à part puis remises en fin de cuisson, une sauce préparée d’avance et réduite en quelques secondes sur un feu poussé au maximum.

Choisir ses nouilles : œufs, blé ou riz

Le rayon des épiceries asiatiques propose des dizaines de nouilles différentes. Pour un plat sauté, trois familles dominent, et chacune réagit différemment au wok.

Type de nouillesTexture après sautPrécuissonPoints de vigilance
Nouilles aux œufs (fines ou moyennes)Souples, légèrement élastiques, dorent bienCuisson à l’eau bouillante, un peu moins que le temps indiquéLes rincer à l’eau froide pour stopper la cuisson
Nouilles de blé sans œufPlus fermes, plus neutresCuisson à l’eau bouillante, rinçageAbsorbent vite la sauce, prévoir un peu plus de liquide
Nouilles de riz platesTendres, glissantesTrempage à l’eau tiède plutôt que cuissonFragiles, se cassent si on les remue trop fort
Udon précuitesÉpaisses, moelleusesSimple passage à l’eau chaude pour les détacherDemandent une sauce plus généreuse

Pour une première fois, les nouilles aux œufs de largeur moyenne sont le choix le plus tolérant. Elles supportent le feu vif, prennent une légère coloration aux endroits où elles touchent la paroi et gardent du ressort même si l’on prolonge un peu la cuisson.

La précuisson, étape souvent bâclée

Quelle que soit la famille, les nouilles arrivent dans le wok déjà presque cuites. On les plonge dans une grande casserole d’eau bouillante, on les sort une minute avant le temps indiqué sur le paquet, puis on les rince immédiatement à l’eau froide dans une passoire. Ce rinçage arrête la cuisson et élimine l’amidon de surface qui colle. On les égoutte longuement, on les secoue, on les mélange avec une cuillerée d’huile neutre. Des nouilles encore ruisselantes refroidissent le wok et transforment le saut en bouillon.

Les nouilles de riz, elles, se traitent par trempage, comme pour le pad thaï au poulet : on les laisse s’assouplir dans l’eau tiède jusqu’à ce qu’elles plient sans casser.

Les crevettes saisies à part, puis remises en fin de cuisson

Crevettes décortiquées saisies en une seule couche dans un wok fumant, encore translucides au centre

La crevette est l’ingrédient qui souffre le plus d’une cuisson trop longue. Elle passe du translucide à l’opaque en une à deux minutes, puis se rétracte, durcit et perd son jus. Si on la fait cuire avec les nouilles du début à la fin, elle est forcément trop cuite. D’où la règle : on la saisit seule, on la retire, on la remet à la fin.

Préparer les crevettes

Les crevettes crues, décortiquées et déveinées donnent le meilleur résultat. On retire la tête et la carapace, en gardant éventuellement le dernier anneau et la queue pour la présentation, puis on incise légèrement le dos pour ôter le filament noir. Les crevettes surgelées conviennent très bien, à condition de les décongeler au réfrigérateur, jamais sur le plan de travail pendant des heures, et de ne pas les recongeler ensuite.

Reste la question des crevettes déjà cuites, vendues roses au rayon frais. Elles dépannent, mais ne supportent aucune vraie cuisson : saisies comme des crevettes crues, elles deviennent sèches et farineuses en quelques secondes. On les ajoute donc seulement à l’étape finale, le temps de les réchauffer, et l’on accepte une texture un peu moins juteuse. La taille compte aussi. Les grosses crevettes, que l’on trouve souvent sous l’appellation gambas, restent tendres plus longtemps et pardonnent une minute de trop ; les petites crevettes décortiquées cuisent si vite qu’elles se saisissent en une seule fois, sans les retourner une à une. Pour deux personnes, comptez une douzaine de belles crevettes, soit environ 200 g de chair décortiquée, ce qui laisse aux nouilles la place d’être le cœur du plat.

Le geste décisif est le séchage. On les étale sur du papier absorbant et on les tamponne soigneusement. Une crevette humide fait chuter la température de l’huile, rend de l’eau et bouillit au lieu de dorer. Certains cuisiniers les enrobent d’une pincée de fécule de maïs et d’un peu de sel : cette fine couche protège la chair et lui donne une texture plus ferme.

Saisir sans surcharger

Le wok chauffe à vide jusqu’à fumer légèrement. On ajoute une cuillerée d’huile à point de fumée élevé, arachide ou tournesol, on fait tourner pour napper les parois, puis on dispose les crevettes en une seule couche. On ne les touche pas pendant une trentaine de secondes, on les retourne, on attend encore autant. Elles doivent être rosées et dorées à l’extérieur, encore légèrement translucides au centre : elles finiront de cuire au retour dans le wok. On les réserve dans une assiette.

Les crustacés ne se mangent pas à moitié cuits. Au moment de servir, la chair doit être entièrement opaque, blanche et rosée, sans zone grise ou gélatineuse au cœur. La cuisson en deux temps garantit justement ce résultat sans les dessécher.

La sauce soja, huître et sucre, réduite en quelques secondes

La sauce se prépare avant d’allumer le feu, dans un bol, parce qu’elle n’aura que quelques secondes pour réduire. Une base classique pour deux personnes :

  • 2 cuillerées à soupe de sauce soja claire, pour le sel.
  • 1 cuillerée à café de sauce soja foncée, pour la couleur ambrée et une note de mélasse.
  • 1 cuillerée à soupe de sauce d’huître, pour le corps et la rondeur.
  • 1 cuillerée à café de sucre, qui caramélise sur la paroi.
  • 2 cuillerées à soupe d’eau ou de bouillon.
  • Quelques gouttes d’huile de sésame grillé, à ajouter hors du feu.

On mélange et on goûte. La sauce doit être franchement salée et un peu sucrée : diluée sur les nouilles, elle s’adoucira. Une demi-cuillerée de fécule délayée dans l’eau peut épaissir le tout si l’on aime une sauce plus enrobante, mais une sauce bien réduite nappe naturellement.

Le moment où l’on verse la sauce change tout. Versée au centre, sur les nouilles, elle les mouille, refroidit le wok et s’accumule au fond. Versée en filet le long des parois brûlantes, elle grésille, s’évapore en partie, caramélise légèrement et forme ce glaçage brillant qui distingue un plat sauté d’un plat bouilli.

L’ordre de cuisson des nouilles sautées aux crevettes

Nouilles aux œufs enrobées de sauce brune et brillante, soulevées à la spatule au-dessus du wok avec les crevettes remises en fin de cuisson

Tout doit être prêt et aligné avant le premier geste : crevettes saisies et réservées, nouilles précuites et huilées, légumes taillés, aromates hachés, sauce mélangée, ciboule coupée. Une fois lancé, le plat ne laisse pas le temps de chercher un ingrédient.

  1. Aromates : dans le wok remis à chauffer avec un filet d’huile, l’ail et le gingembre hachés grésillent dix à quinze secondes, pas plus, sinon ils brûlent et deviennent amers.
  2. Légumes fermes : carotte en julienne, oignon émincé, tiges de pak choï ou chou chinois. Une à deux minutes en remuant sans cesse.
  3. Légumes tendres : feuilles de pak choï, poivron en lanières fines, quelques secondes.
  4. Nouilles : on les ajoute en les détachant à la main, on les étale sur toute la surface et on les laisse colorer légèrement avant de les retourner.
  5. Sauce : en filet sur les parois, puis on soulève et retourne les nouilles avec deux spatules pendant une trentaine de secondes.
  6. Retour des crevettes : avec la ciboule et les pousses de soja, une dernière minute de mouvement, juste le temps que les crevettes finissent de cuire et se réchauffent.
  7. Hors du feu : quelques gouttes d’huile de sésame et l’on sert immédiatement.

La règle de la quantité reste absolue. Un wok domestique ne saisit correctement que deux portions maximum à la fois. Pour quatre convives, on cuit en deux fournées et on garde la première au chaud dans un plat couvert quelques minutes. C’est plus long, mais le résultat n’a rien de comparable.

Feu domestique, variantes et erreurs à éviter

Les cuisines de restaurant asiatiques disposent de brûleurs à gaz très puissants, qui enveloppent le wok de flammes. Ce souffle donne aux plats un léger goût fumé, que les Cantonais appellent wok hei, difficile à reproduire à la maison. Un feu domestique, gaz ou induction, se rapproche du résultat avec quelques compromis : préchauffer longuement, cuire en petites quantités, ne jamais couvrir et choisir un wok en acier carbone, plus réactif qu’un modèle épais. Sur induction, un wok à fond plat qui touche bien la plaque est indispensable.

Les erreurs les plus fréquentes se répètent d’une cuisine à l’autre :

  • Nouilles qui collent au wok : poêle pas assez chaude ou mal huilée, ou nouilles insuffisamment égouttées.
  • Plat qui baigne : trop d’ingrédients à la fois, légumes très aqueux ajoutés en grande quantité, sauce versée au centre.
  • Crevettes dures : cuites du début à la fin avec le reste au lieu d’être saisies et remises.
  • Goût de brûlé : ail ajouté trop tôt ou laissé trop longtemps sur un feu très vif.

La même méthode s’adapte à d’autres protéines. Le poulet en lamelles fines se saisit à part comme les crevettes, mais doit être cuit entièrement à cœur dès la première cuisson. Le bœuf, tranché finement contre le grain et légèrement mariné dans la sauce soja, se saisit en quelques secondes. Le saumon en cubes, plus fragile, se poêle délicatement sur une face puis se pose sur les nouilles au dernier moment pour ne pas s’effriter.

Pour aller plus loin avec des nouilles plus épaisses, le yaki udon au wok reprend la même logique avec une nouille de blé japonaise plus moelleuse. Et pour un repas complet autour des mêmes saveurs, un riz au curry rouge aux crevettes propose une autre manière, mijotée cette fois, de mettre en valeur le crustacé.