Ramen, bouillons et poke bowls

Ramen veggie : un bouillon végétal qui a du corps, sans os ni poisson

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Ramen veggie : un bouillon végétal qui a du corps, sans os ni poisson
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Un ramen veggie raté se reconnaît à la première cuillère : un bouillon clair, aimable, qui sent le légume cuit et s’efface derrière les nouilles. Un ramen veggie réussi, à l’inverse, a de la mâche en bouche, une profondeur presque carnée et cette rondeur qui donne envie de vider le bol. La différence ne vient pas d’un substitut miracle aux os de porc ou de poulet. Elle vient d’un trio d’ingrédients japonais riches en umami, le kombu, les shiitakés séchés et le miso, associés à des légumes rôtis et à un assaisonnement construit à part. Voici comment bâtir ce bouillon, choisir des garnitures qui tiennent dans le liquide chaud, et préparer l’œuf mariné pour les versions qui ne sont pas véganes.

Pourquoi un bouillon végétal manque souvent de corps

Les grands bouillons de ramen traditionnels tirent leur puissance de deux sources : le collagène des os, qui donne de la texture et une sensation de gras en bouche, et les acides aminés libérés par une longue cuisson, qui portent l’umami. Un bouillon de légumes classique, carottes, poireau et céleri, n’apporte ni l’un ni l’autre. Il est parfumé, mais fluide et peu savoureux.

Pour compenser, la cuisine végétale japonaise mise sur des ingrédients naturellement concentrés en umami. Le kombu est riche en glutamate. Les shiitakés séchés contiennent un autre composé de la même famille, le guanylate, qui renforce l’effet du premier : associés, les deux produisent un goût plus intense que la somme de leurs parties. Le miso, pâte de soja fermentée, apporte le sel, une note de fermentation et un peu d’épaisseur. Reste la texture, que l’on obtient avec une touche de matière grasse émulsionnée.

IngrédientCe qu’il apporteComment l’utiliser
KombuUmami doux, profondeur marine discrèteInfusion à froid, retiré avant ébullition
Shiitakés séchésUmami puissant, note boisée et fuméeRéhydratés à froid, eau de trempage conservée
Miso blanc ou rougeSel, fermentation, épaisseurDélayé hors du feu, jamais bouilli longtemps
Légumes rôtis (oignon, ail, gingembre, poireau)Sucre caramélisé, couleurGrillés au four ou à la poêle avant infusion
Lait de soja non sucré ou purée de sésameRondeur, texture crémeuseAjoutés en fin de cuisson, à feu doux
Huile parfumée (sésame grillé, ail frit, piment)Gras en bouche, arôme de surfaceQuelques gouttes sur le bol au service

Le bouillon kombu, shiitakés et miso, étape par étape

Feuilles de kombu et shiitakés séchés en train d’infuser dans une casserole d’eau froide

Pour quatre bols, on compte environ un litre et demi de bouillon. La préparation se fait en deux temps, une infusion lente puis une cuisson courte, et gagne à être commencée la veille.

1. L’infusion à froid

Dans une grande casserole d’eau froide, on place un morceau de kombu d’une vingtaine de centimètres, essuyé avec un linge humide, et une poignée de shiitakés séchés. On laisse infuser plusieurs heures, idéalement toute une nuit au réfrigérateur. Cette extraction lente donne un bouillon plus net et plus savoureux qu’une ébullition brutale. Les shiitakés gonflent et libèrent leur parfum dans l’eau, qui prend une teinte ambrée.

2. Les légumes rôtis

Pendant ce temps, on fait griller sans matière grasse, dans une poêle en fonte ou sous le gril du four, un oignon coupé en deux, une tête d’ail tranchée horizontalement, un morceau de gingembre et le vert d’un poireau. On cherche des surfaces bien colorées, presque noircies par endroits. Ces caramélisations donnent au bouillon une couleur plus soutenue et des notes grillées qui rappellent les bouillons de viande.

3. La cuisson courte

On chauffe doucement l’infusion et on retire le kombu juste avant l’ébullition : bouilli, il donne un goût visqueux et amer. On ajoute les légumes rôtis et on laisse frémir trente à quarante-cinq minutes, à petits bouillons. On filtre ensuite, on récupère les shiitakés, que l’on émince pour la garniture, et on garde le bouillon au chaud.

4. Le miso hors du feu

Le miso entre en dernier. On en délaye deux à quatre cuillerées à soupe, selon sa force et l’intensité voulue, dans une louche de bouillon chaud, puis on reverse dans la casserole hors du feu ou à très faible frémissement. Un miso bouilli longtemps perd ses arômes de fermentation et devient granuleux. Le miso blanc, plus doux et plus sucré, convient aux bouillons délicats ; le miso rouge, plus long en fermentation, plus salé et plus puissant, donne un bouillon plus sombre et plus franc.

Pour une version crémeuse, dans l’esprit des ramen au sésame, on ajoute en fin de cuisson un verre de lait de soja non sucré et une ou deux cuillerées de purée de sésame, en fouettant à feu doux sans faire bouillir.

L’assaisonnement et les nouilles

Dans les comptoirs japonais, le bouillon n’est pas salé dans la marmite. On place au fond de chaque bol une petite quantité d’un assaisonnement concentré, le tare, sur lequel on verse le bouillon brûlant. Ce système permet de garder un bouillon neutre et d’ajuster chaque bol.

À la maison, un tare simple se prépare en mélangeant sauce soja, mirin et un peu de sucre, que l’on fait chauffer quelques secondes. Si le bouillon contient déjà beaucoup de miso, une cuillerée de tare suffit, voire aucune : on goûte avant. Une cuillerée d’huile parfumée, sésame grillé ou ail frit dans l’huile, complète le bol en apportant le gras qui manque à un bouillon sans os.

Les nouilles de ramen se distinguent des autres nouilles de blé par l’ajout d’un sel alcalin, le kansui, qui leur donne leur couleur jaune pâle et leur ressort caractéristique. Pour une version strictement végane, on vérifie la liste des ingrédients : certaines nouilles de ramen, fraîches ou sèches, contiennent de l’œuf. On les cuit à part, dans un grand volume d’eau, en respectant le temps du paquet, puis on les égoutte vigoureusement avant de les déposer dans le bouillon. Jamais directement dans la marmite : leur amidon troublerait le bouillon.

Ceux qui préfèrent une nouille plus épaisse peuvent servir ce même bouillon avec des udon : la logique est détaillée dans le guide des udon en bouillon dashi ou sautées, qui propose un dashi à base de bonite mais se décline sans difficulté en version kombu et champignons.

Des garnitures qui tiennent dans le bol

Bol de ramen veggie garni de tofu grillé, maïs, pak choï, shiitakés émincés, nori et ciboule

Un bon ramen se compose de garnitures qui gardent leur identité dans le bouillon chaud au lieu de se dissoudre. On cherche des textures contrastées et des saveurs qui dialoguent avec le bouillon sans le noyer.

  • Tofu ferme : pressé, coupé en tranches épaisses et doré à la poêle avec un trait de sauce soja. Il garde sa tenue et absorbe le bouillon.
  • Shiitakés du bouillon : émincés et rapidement poêlés, ils apportent une mâche charnue.
  • Pak choï ou épinards : blanchis quelques secondes, ils ajoutent une note verte et croquante.
  • Maïs grillé : doré à sec dans une poêle, il apporte du sucre et une touche de couleur.
  • Pousses de bambou : en conserve, rincées, pour le croquant.
  • Nori : une feuille glissée contre le bord du bol, à manger vite avant qu’elle ne ramollisse.
  • Ciboule émincée, graines de sésame et huile pimentée pour la fin.

On évite les légumes très aqueux en grande quantité, courgette ou tomate, qui délayent le bouillon, et les crudités qui refroidissent le bol. L’ordre de dressage compte : tare au fond, bouillon brûlant, nouilles bien égouttées que l’on peigne avec des baguettes, puis garnitures disposées en secteurs, chacune à sa place.

L’œuf mollet mariné, en option

Pour les versions végétariennes qui ne sont pas véganes, l’œuf mariné reste la garniture emblématique des ramen. Son jaune coulant et confit, son blanc teinté d’ambre par la marinade apportent au bol une richesse que peu d’ingrédients égalent.

On plonge des œufs à température ambiante dans l’eau bouillante pour une cuisson courte, de l’ordre de six à sept minutes selon leur calibre, de façon à obtenir un blanc pris et un jaune encore coulant. On les transfère aussitôt dans un bain d’eau glacée pour stopper la cuisson, puis on les écale délicatement. On les fait mariner au réfrigérateur dans un mélange de sauce soja, de mirin et d’eau, à parts à peu près égales, plusieurs heures ou jusqu’au lendemain. Un sac de congélation ou un petit récipient étroit permet de bien les immerger avec peu de liquide.

Comme toute préparation à base d’œuf peu cuit, l’œuf mariné se fait avec des œufs très frais, conservés au réfrigérateur, et se consomme dans les jours qui suivent. Les personnes pour qui les œufs à jaune coulant sont déconseillés, notamment les femmes enceintes, les jeunes enfants ou les personnes fragiles, préféreront un œuf cuit dur ou du tofu mariné de la même façon. Le tofu ferme, plongé dans la même marinade, devient d’ailleurs une excellente garniture végane.

Organiser et varier son ramen veggie

Le bouillon se prépare en grande quantité et se conserve quelques jours au réfrigérateur, ou se congèle en portions, de préférence sans le miso, que l’on ajoute au moment de réchauffer. Ce découpage transforme le ramen veggie en dîner de semaine : bouillon prêt, nouilles cuites en quelques minutes, garnitures tirées du réfrigérateur.

Pour varier, on peut ajouter une cuillerée de pâte de piment fermentée dans le tare, remplacer une partie du miso par de la purée de sésame pour une version plus ronde, ou garnir de légumes sautés au wok, dans l’esprit des nouilles sautées aux crevettes sans les crevettes. Et pour un bol froid qui complète bien cette cuisine de bouillons, le poke bowl au saumon offre l’autre grande famille des bols complets, riz et poisson cru en tête. Un bouillon patient et des garnitures franches : c’est tout ce qu’il faut pour qu’un ramen sans viande n’ait rien à envier aux autres.